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Espace Bioéthique Aquitain

Tél. : 05 56 92 13 61

Accueil du site > Espace > Dépasser le « paternalisme » et l’ « autonomisme » !

En ce printemps 2015, le Sénat va examiner la Proposition de loi n° 348 créant de nouveaux droits en faveur des malades et des personnes en fin de vie (texte adopté le 17 mars en première lecture par l’Assemblée Nationale). À travers les débats passionnés entre ceux qui trouvent que l’on ne va pas assez loin et ceux qui redoutent la légalisation subreptice de l’euthanasie, il est possible de repérer deux changements culturels majeurs.

Le premier changement porte sur l’affirmation très vite généralisée qu’il faudrait analyser terme à terme, y compris dans ses paradoxes : « Les Français souhaitent tous mourir sans douleur, sans angoisse et que le temps de l’agonie ne se prolonge pas de façon inutile et inhumaine. Très majoritairement, ils pensent aussi à leurs proches à qui ils veulent épargner des moments trop douloureux. Selon les termes d’un participant à l’un des débats publics organisés par la commission présidée par le professeur Didier Sicard “on évacue la peur de mourir en évacuant le mal-mourir” » (Rapport Claeys-Leonetti, décembre 2014, p. 19).

C’est pour cela, qu’à l’issue de son Assemblée Générale, l’Espace Bioéthique Aquitain propose le 20 mai, à 20h, une table-ronde sur le thème  : « Peut-on encore parler aujourd’hui de l’agonie ? » (Amphi Vital Carles, CH St André, 1 rue Jean Burguet 33000 Bordeaux). Des approches anthropologique, philosophique, clinique et juridique tenteront de répondre aux questions : Pour quelles raisons fait-on aujourd’hui l’impasse sur l’agonie ? Que ne veut-on plus entendre ? Voir ? Vivre ? Ce “dernier combat” a-t-il encore un sens ?

Un second changement est en train de s’opérer suite à l’inscription de la loi du 4 mars 2002 sur les droits des patients dans le Code de la Santé Publique : « Toute personne prend, avec le professionnel de santé et compte tenu des informations et des préconisations qu’il lui fournit, les décisions concernant sa santé  » (Art. 1111-4, 1er alinéa). Il a fallu passer par la loi pour rééquilibrer une relation soignant-soigné trop asymétrique. Le défi à présent est de ne pas en rester à une confrontation droit contre droit ou droit contre devoir. Comment dépasser à la fois le « paternalisme » des professionnels qui décideraient à la place du patient, et l’« autonomisme » du patient qui ferait des professionnels de simples prestataires de service ? Pour surmonter la dissymétrie initiale de la rencontre, Paul Ricœur proposait, dans sa préface au nouveau Code de déontologie médicale (Seuil, 1996, p. 12), un “pacte de soins” tel « une sorte d’alliance scellée entre deux personnes contre l’ennemi commun, la maladie  ». Plus qu’un contrat juridique, l’accord devrait son caractère moral à la promesse tacite partagée entre les deux protagonistes : l’engagement du médecin à « suivre » son patient, et celui du patient à se « conduire » comme l’agent de son propre traitement. Cet acte de langage de la promesse nous invite à dépasser les affirmations trop générales et abruptes qui pourraient être celles des protocoles médicaux et de certains articles de loi, pour redécouvrir dans la médecine et le droit, comme dans toute la vie, la force et la fragilité de la parole de chacun.

Les interventions de l’Espace Bioéthique Aquitain ne cessent de lire et relire les textes et les pratiques pour ouvrir et maintenir ouverts les espaces d’interprétation. Quel que soit le texte de la future loi, l’invitation majeure de l’éthique demeure : « Parlez-vous ! Parlons-nous ! »

Qui sommes-nous ?