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ALZHEIMER OU LE PARADOXE DE L’IDENTITE… ENTRE DESESPOIR ET PROJET DE VIE.

vendredi 17 septembre 2010, par Pierre Barbet

  II) DE L’IDENTITE MATRICULAIRE A L’IDENTITE MATRICIELLE
« Ou l’identité au fil du temps »

L’emploi des mots « matriculaire et matricielle » est peu orthodoxe en la matière et pourtant, ces néologismes m’apparaissent illustrer au plus juste la réflexion que je souhaite mener avec vous : l’identité en ce qu’elle est traduite par des traits immuables et qui, en eux-mêmes, participent au fil du temps à l’élaboration du sujet, sorte de paradoxe évoqué en en-tête. Administrativement l’identité est attribuée et organisée par les règles strictes, de la nationalité, de la filiation. Mais, ne se référer qu’au seul aspect légal relèverait d’une vision étroite. Le sujet de la loi n’est pas un « isolat » mais un être, vivant dans un ensemble de relations plus ou moins harmonieuses. Si le choix de certains éléments est libre (le prénom, voire aujourd’hui le nom patronymique), ce choix est fait par d’autres que l’individu lui-même. La sociologie, la psychologie entre autres nous éclairent grandement en nous révélant :
1° comment les éléments constitutifs de l’identité participent à « la fabrique » de la personnalité sociale et psychique de la personne ?
2° comment la conscience de soi est particulièrement dépendante du regard des autres ?

A) LA FONCTION « MATRICULAIRE »

a) la preuve de l’identité Un décret du 26 décembre 2000, portant simplification administrative et suppression de la fiche d’état civil, « énonce les documents que les usagers doivent produire pour justifier de leur identité ». Parmi ceux-ci, figure la carte nationale d’identité. Ayez la curiosité de regarder avec attention votre carte d’identité ou votre passeport « en cours de validité. Outre qu’ils contiennent tous les éléments de votre identité (ce qui n’est pas une nouveauté), vous y remarquerez un ensemble alphanumérique dont la vocation est à terme, sa lecture magnétique par puce électronique. À une certaine époque, et pour certaines populations, elles étaient gravées sur l’avant-bras…

Regardez dans votre porte-monnaie ou votre portefeuille, le nombre de cartes portant des éléments matriculaires : cela peut y être impressionnant. Vous y trouverez, en tous les cas, à minima, votre carte d’assurance maladie dit « carte vitale », une ou des cartes bancaires, de fidélité et… peut-être un jour, une carte ALZHEIMER… C’est d’ailleurs cette multiplicité, et l’usage intensif, qui en fait une des causes favorisant l’usurpation d’identité (www.securisezvotreidentite.com).

Cet ensemble d’instruments électroniques constituent autant de repérages « matriculaires » souvent utiles, mais dangereux.

b) la traçabilité Pour assurer la sécurité alimentaire de nos sociétés, très vigilantes sur la question, vous avez peut être déjà observé lors de promenades bucoliques quelques troupeaux d’ovins ou de bovins, dont les « individus » portent d’étranges boucles d’oreilles. Ces appareillages d’immatriculation permettent d’identifier chaque bête et d’en suivre le produit dans toute la chaîne alimentaire.

Si l’objectif est ici bien ciblé, permettant de définir, sans aucune sorte d’hésitation la frontière qui existe entre le règne animal et l’humain, les « glissements » sont grands. Les dérives « managériales » ont un grand appétit de statistiques pour contraindre les comportements.

c) la sécurité Les bénéfices de la carte « d’identité Alzheimer », un temps projetée, devenue depuis « carte de soins et d’urgence » ressortant du secret médical, sont-ils si évidents par rapport aux risques de « stigmatisation » d’un groupe de personnes pour devenir vraiment si indispensables ? Sur les 850 000 malades, la carte fut donnée à 10 000 patients en 2008 et 4 000 en 2009. Le « mythe » sécuritaire alimente les idéologies qui s’y réfèrent.

Identité, traçabilité, sécurité, notre adhésion à la modernité nous ferait-elle perdre notre sens critique ou nos capacités de résistance ?

B) LA FONCTION « MATRICIELLE » Les éléments « informatifs » de l’identité sont aussi des éléments « constitutifs ». Bien plus, ils agissent comme « fabrique » (j’emprunte le mot à Pierre LEGENDRE) de la personnalité. C’est en cela que je parle de fonction matricielle. La littérature professionnelle est abondante sur la question de l’identité au sens psychosocial et je me borne à évoquer, selon ma pratique, quelques éléments pour illustrer mon propos.

a) la conscience de soi Le prénom, au demeurant donné par nos auteurs, à lui seul est significatif de cet aspect de « fabrique ». La quasi-totalité des stages proposant un travail de conscience de soi, invite à réfléchir sur le degré de satisfaction ou non du prénom qui nous a été « attribué » et qui figure sur notre acte de naissance. Inscrit dans une histoire familiale, situé géographiquement, notre patronyme nous formate grandement et tout autant que nos caractéristiques génétiques. Dans les adoptions réussies ne voit-on pas l’adopté et l’adoptant, au fil des ans, se ressembler même physiquement.

b) la place que l’on occupe L’identité psychologique, ce que l’on a l’habitude d’appeler la « personnalité », s’affirme et ne cesse de s’élaborer selon les modalités permises par « l’environnement ». Normalement, elle n’est ni « bloquée » ni « investie pathologiquement ». Elle mute à l’occasion des rencontres fortes. Par la pratique du génogramme, les praticiens de la théorie systémique aident à révéler d’une part la « conscience de cette place », d’autre part l’importance « du jeu des interactions » qui, dans un « système ouvert », donne accès aux constructions nouvelles, et ce compris celles qui touchent à l’identité.

c) l’image de soi et la « parole » des autres. L’homme n’est pas qu’un ensemble cellulaire organisé doté de capacités cognitives, mais selon l’expression qu’utilise Pierre LEGENDRE, du « vivant parlant ». Ce raccourci saisissant me convient particulièrement bien. Si j’associe la conscience que le sujet prend de l’image qu’il peut avoir de lui-même et les « paroles » qu’il perçoit dans son environnement, c’est à raison des répercutions qu’elles ont sur la construction et l’évolution de sa personnalité. La pratique durant quarante ans, du conseil et des conflits familiaux, m’a donné à voir combien une personnalité pouvait s’épanouir ou se consumer mortellement dans ces interactions. Paroles salvatrices, paroles mortifères, non-dits forgent l’évolution d’une identité. Les relations de travail et les litiges prud’homaux révèlent des évolutions de personnalités parfois surprenantes. Pourquoi ces évolutions se figeraient-elle à l’annonce de la MA ?

« CHANGER DE REGARD, PAS DE STATUT »

Dans cette troisième partie, je ne peux en aucun cas vous présenter des cas cliniques. Aussi, je m’appuierai sur les témoignages que je me suis efforcé de recueillir (au nombre d’une quinzaine) depuis plusieurs mois, sur la réflexion partagée au sein des espaces éthiques initiés dans différents centres hospitaliers d’Aquitaine, ainsi que sur mon expérience personnelle.

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